Mon existence est aussi décalée et incohérente que les doublages français d'anciens films étrangers, ils bougent les lèvres, et ce qu'on croit entendre, on ne l'entend pas, je suis comme Sarah Kane quand elle dit que le temps passe mais qu'elle n'a pas le temps, je suis comme ces rêves qui ne se réalisent jamais, comme ces esprits qui s'envolent alors qu'il n'y a pas de vent pour les guider, je suis comme Antigone qui dit non, sauf que moi, je le dis tout bas, je suis comme un radeau à la dérive, seule devant l'immensité bleue des eaux troubles, je suis de celles qui ne pensent pas que la vie est un long fleuve tranquille, je suis comme ces ecrivains, constamment confrontés à la page blanche, je suis comme Amélie Poulain qui se venge de son voisin, sauf que moi, je me l'imagine, et si j'étais un personnage de roman, je serais une antihéroïne, je suis comme une paumée qui relit des mots et qui se rappelle qu'un jour, ils lui étaient déstinés, je suis comme les boules au ventre, j'arrive et repars à des moments bien précis, laissant toujours une sensation désagréable derrière moi, je suis comme Zazie quand elle dit qu'elle mesure toute l'horreur de notre nature, comme les DobaCaracol qui lui creuseraient un sillon, mélodie de l'univers, je suis comme la mélancolie du bonheur, je suis comme C. Willem et son manteau de pluie, je suis comme ces livres qu'on lit, sans jamais en retenir le titre, comme ces chansons dont on ne retient que l'air, sur lequel on bredouille des paroles incohérentes, je me demande comme Shakespeare si il faut être ou ne pas être, comme Lamartine qui se souvient de moments heureux, comme Baudelaire et ses éloges aux chats, comme Don Juan et son esprit conquérant, sauf que moi, je ne conquiers rien, je suis comme la pluie que tant de gens detestent, je suis comme Sartre qui a la Nausée et les Main Sales, je suis comme les fleurs qui fânent quand on ne les arrose pas, comme Emilie Simon quand elle sombre, comme ces envies qu'on n'arrive jamais à assouvir, je suis comme ces photographies mal cadrées, je suis comme ces mouchoirs qu'on utilise et qu'on garde malgré tout parce qu'on n'en a pas d'autres, je suis comme ces arbres qu'on abat pour que des filles comme moi puissent écrire leur mal-être, je suis comme les piles usées qu'on garde parce qu'on ne sait pas où les jeter, comme ses paires de chaussures inutiles dont on ne se debarasse pas parce qu'elle sont juste jolies, je suis comme Icar qui a brûlé ses ailes, je suis comme ces habitudes qu'on prend, puis qu'on délaisse pour d'autres, je suis comme Bénabar quand il dit qu'elles ne connaissent rien à la solitude que rien ne console, je suis tout ça sans cohérence, et je ne suis plus l'enfant s'emerveillant de tout, ne se doutant de rien.
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pix: une merveille.
une merveille pour ces mots moroses.
ma merveille. mon antigone qui me dit non.
et bien moi je voudrais lui dire "l'irrésistible immortel
invincible inconditionnel intégralement réel pluri-émotionnel
multispirituel tout-fidèle éternel amour que j'ai pour [elle]."